06 décembre 2006

Louis II de Condé dit le Grand Condé ( 1621 - 1686 )


Homme d'Etat, frondeur et grand chef de guerre. D'abord duc d'Enghein puis prince de Condé.


I. L'héritier d'une prestigieuse alliance.


Louis II de Condé est né en 1621. Il est le fils d'Henri II de Condé et de Charlotte de Montmorency. Dans les années 1620, la famille Condé est proche du trône, notamment de Louis XIII et Gaston d'Orléans. Louis de Condé hérite de son père d'un rapprochement avec le cardinal de Richelieu. C'est également l'héritier de bien des lignées cadettes qui s'éteignent: les Soissons, les Conti, ... C'est l'héritier des biens de son oncle Henri de Montmorency - ainsi du château de Chantilly - et de ses ambitions.
Louis II de Condé reçoit une solide éducation chez les jésuites, il se passionne même pour les mathématiques. Plus tard, il participe à des salons, dont celui de Rambouillet. Il écrit notamment des poèmes pour la fille de Rambouillet, Julie d'Angennes. En 1641, il épouse la nièce du cardinal de Richelieu, Clémence de Maillé-Brézé.

II. Un chef de guerre ambitieux

En 1640, Louis II de Condé assiste à la prise d'Arras, puis celle de Perpignan deux ans plus tard. Le cardinal de Richelieu lui confie un régiment. C'est à lui que l'on doit la victoire de Rocroi en 1643 et la maîtrise de la Moselle par la France. Ses succès continuent les années suivantes. Il supervise de nombreux sièges dont celui de Coutrai, Merdyck, Dunkerque ou Lens.
Il entre peu à peu en conflit avec le cardinal de Mazarin. Au moment de la Fronde, il assiège Paris et exige plus de pouvoir. C'est à ce moment que s'opère la rupture et qu'il passe dans le camp des rebelles. En 1650, il est emprisonné avant d'être libéré l'année suivante. Mazarin se retire en espérant que son arogance le perdra. La guerre civile est progressivement perdu par le Grand Condé, notament après le massacre de l'hôtel de ville où sont tués les dirrigeants et où par la même occasion, il perd ses appuis. Louis II de Condé quitte alors la France et se réfugie en Espagne. Il ne réalise aucune grande victoire dans le camp espagnol mais grâce aux négociations du roi d'Espagne, il est réhabilité par le roi de France. En 1659, il revient en France et se consacre à l'exploitation de sa fortune, avant de décider de servir à nouveau le roi.
Il participe à la guerre de Dévolution puis à la guerre de Hollande, c'est notamment lui qui écrase le prince d'Orange à Senef en 1647. A la mort de Turenne, il est chargé de défendre l'Alsace. Après sa sernière campagne, il se retire au château de Chantilly.

III. Le mécène

Louis II de Condé protège plusieurs auteurs dont Corneille, Racine et Boileau. Il espérait rencontrer Spinoza et avait donc une grande ouverture d'esprit. Il avait ses propres poètes, dont Jean Baptiste Raisin qui écrivait en latin et La Chapelle. C'était également un ami du sculpteur Coysevox qui a d'ailleurs sculpté un buste de Condé. Il possède une très grande bibliothèque de plus de 10 000 ouvrages. Il accueille des savants chez lui, des membres de l'académie de médecine comme Bourdelot et il organise de très grandes fêtes dont l'une cause le suicide de son maître d'hôtel Vatel.
Mais paradoxalement, il devient dévot à la fin de sa vie.

03 décembre 2006

Le marquis de Sade ( 1740 - 1814 )


Ecrivain français, philosophe et libertin.


I. Sa formation

Donatien Alphonse François de Sade est né à Paris dans l'hôtel de Condé le 2 juin 1740. Il est le descendant d'une vieille et prestigieuse famille de l'aristocratie de Provence. Après une année chez ses tantes en Avignon et dans le Comtat Venaissin, Donatien Sade est pris en charge, à partir de 1745, par son oncle paternel, l'abbé de Sade. C'est ce dernier qui s'occupe de son éducation d'abord à l'abbaye Saint-Léger d'Ébreuil, puis à Saumane. Ce libertin et historien de Pétrarque lui donne une éducation non conventionnelle pour l'époque. À partir de 1750, il entre au Lycée Louis-le-Grand alors dirigé par les jésuites à Paris. C'est lors de ces études, qu'il découvre le théâtre et la scène, pour lesquels il garde une passion sa vie durant. Il y fait aussi la connaissance de l'Abbé Amblet qui lui donne des cours particuliers. A 14 ans, il entre dans une école militaire réservée aux fils de la plus ancienne noblesse et devient sous-lieutenant un an plus tard. C'est dans ce cadre qu'il participe à la guerre de Sept ans contre la Prusse. Il y brille par son courage, mais aussi par son goût pour la débauche. Revenu, en 1763, avec le grade de capitaine, il fréquente les actrices de théâtre et les courtisanes. Son père, pour y mettre fin, cherche à le marier au plus vite.
Le 17 mai 1763, il épouse Mlle de Montreuil, de noblesse récente, mais fortunée. Il ne s'assagit pas pour autant et fait, dans la même année, son premier séjour en prison pour « débauches outrées ». En avril 1764, Donatien Sade est autorisé à revenir à Paris. La même année, il reçoit au parlement de Bourgogne la charge de lieutenant général de Bresse, Bugey, Valromey et Gex, héritée de son père qui s'est démis en sa faveur en 1760. En 1768, il est à nouveau incarcéré six mois pour avoir enlevé et torturé une passante. Il donne fêtes et bals dans son domaine provençal de La Coste, voyage en Italie, notamment avec sa belle-sœur dont il s'est épris. A Marseille, en 1772, il est accusé d'empoisonnement: il avait en fait distribué, lors d'une orgie, des dragées aphrodisiaques à quatre prostituées et l'une d'entre elles est tombée malade; il doit s'enfuir en Savoie. Condamné à mort par contumace, il est arrêté, s'évade, puis cinq ans plus tard - au cours desquels il alterne voyages et scandales -, il est arrêté à Paris où il était venu régler ses affaires à la suite du décès de sa mère.

II. Le marquis échappe à la guillotine

Malgré les interventions de sa femme, il passe cinq années dans le donjon de Vincennes, écrivant pièces de théâtre et romans pour tromper son ennui, avant d'être transféré à la Bastille où il commence la rédaction des Cent vingt journées de Sodome publié en 1785 puis, deux ans plus tard, Les infortunes de la vertu et Aline et Valcour. En juillet 1789, dix jours avant la prise de la bastille, il est transféré à Charenton, dans un asile de fous. Il doit abandonner sa bibliothèque de six cents volumes et ses manuscrits.
En 1790, il recouvre la liberté, accordée à toutes les victimes de lettres de cachet. Sa femme, lasse de ses violences, obtient la séparation. Ses deux fils émigrent. Pour survivre dans le Paris révolutionnaire - ses biens, en Provence, ont été pillés et mis sous séquestre - il cherche à faire jouer ses pièces, se lie avec une jeune actrice, Marie Constance Quesnet, qui lui reste fidèle jusqu'au bout. Justine ou les malheurs de la vertu est publié anonymement en 1791.
Pour faire oublier ses origines nobles, il milite dans la section révolutionnaire de son quartier. Mais son zèle n'est-il pas assez convaincant ? Fin 1793, il est arrêté et condamné à mort. Oublié dans sa geôle à la suite d'une erreur administrative, il échappe à la guillotine et est libéré en octobre 1794.

III. Trente ans de sa vie passé en prison

Vivant chichement - ses seuls revenus sont ses écrits - il publie en 1795 La philosophie dans le boudoir, Aline et Valcour, La nouvelle Justine et Juliette (Justine et Juliette sont deux sœurs, l'une incarnant la vertu, l'autre le vice, qui subissent des aventures où la luxure le dispute à la cruauté). La presse l'accuse d'être l'auteur de « l'infâme roman » Justine. Il s'en défend maladroitement. En 1801, la police saisit ses ouvrages chez son imprimeur. On ne lui pardonne pas sa violence érotique, son « délire du vice », sa pornographie. Sans jugement, par simple décision administrative, il est enfermé dans l'asile de fous de Charenton. Il va y être, qualifié de « fou » mais parfaitement lucide, malgré ses suppliques et ses protestations, et y mourir le 1er décembre 1814 sans jamais retrouver la liberté. Cet esprit libre, sur ses 74 années de sa vie, en aura passé 30 en prison.
Ses descendants refuseront de porter le titre de marquis, et il faudra attendre le milieu du XXe siècle pour que son œuvre, dans laquelle il a ouvert la voie à la psychologie sexuelle moderne, soit « réhabilitée ».
Aujourd'hui, le marquis de Sade est d’abord considéré comme un philosophe. Attaquant la morale de son époque, qu’il juge hypocrite, défendant les vices, souvent au mépris de toute logique et en prêtant à la nature les intentions nécessaires pour donner raison à ses personnages libertins, il examine en fait les préjugés, les valeurs, et les conventions sociales, le côté obscur de la philosophie des Lumières.

Albrecht Dürer ( 1470 - 1528 )


Peintre et graveur allemand qui utilise les mathématiques pour perfectionner ses oeuvres.

I. Sa formation

Albrecht Dürer est né le 21 mai 1471 à Nüremberg. Il est le troisième enfant d'Albrecht Dürer l'ancien, orfèvre originaire de Hongrie et arrivé à Nüremberg en 1455. Selon la tradition familiale, Albrecht est également destiné au métier d'orfèvre. Il devient donc apprenti et apprend à se servir du burin et de la pointe. Voyant les dons de son fils pour le dessin, son père lui donne la permission d'entrer dans l'atelier d'un peintre.
Ainsi en 1486, il devient l'apprenti de Michael Wolgemut, avec qui il apprend à manier la plume et le pinceau, à copier et dessiner d'après nature, à réaliser des paysages à la gouache et à l'aquarelle et également à peindre à l'huile. Il se familiarise aussi avec la technique de gravure sur bois. Il est très influencé par Martin Schongauer. En 1491, il entreprend un voyage à Colmar pour rendre visite à l'artiste, mais celui-ci meurt le 2 février 1491 alors qu'Albrecht est encore en route. Il n'arrivera à Colmar qu'en 1492. En 1494, il rentre à Nuremberg pour se marier avec Agnes Frey, selon le désir des deux familles. Après avoir effectué son tour de compagnon à travers la France et l'Allemagne, il séjourne à deux reprises à Venise, en 1494 puis en 1505. Ce séjour le marque profondément.

II. Ses oeuvres

On lui fait alors la commande d'un retable pour l'autel de Notre-Dame dans l'église de la colonie allemande à San Bartolommeo. En 1507, Dürer rentre à Nuremberg et entreprend d'étudier les langues et les mathématiques. En 1512, il reçoit une pension de l'empereur Maximilien de Habsbourg avec titres de noblesse en devenant le peintre de la cour. Il en fait le portrait. À sa mort, il entre au service de Charles Quint. En 1526, il peint Les quatre apôtres. Il écrit des livres parmi lesquels Les Règles de la Peinture ou le Traité des proportions du corps humain publié en 1525 et traduit par Loys Meigret en 1557. Il illustre plusieurs ouvrages, tels que l'Arc triomphal et le Char triomphal de Maximilien, la Passion de Jésus Christ, l'Apocalypse, l'Histoire de la vierge Marie et La nef des fous. Il a eu notamment Barthel Beham, Hans Süss von Kulmbach, Hans Baldung comme élèves. Il a probablement réalisé une des premières gravures sur bois. Les suites de gravure qui ont fait sa renommée sont deux séries de gravures sur bois:
  • une Petite Passion composée de 37 gravures et une Grande Passion de 15 gravures plus une feuille de titre
  • une Passion gravée sur cuivre de 16 feuilles
  • une Vie de Marie de 19 gravures et une feuille de titre
  • son Apocalypse rassemblant 15 gravures plus une feuille de titre.
Son jeune frère Hans Dürer est peintre à la cour de Sigismund I.

III. L'utilisation des mathématiques

Déjà artiste accompli, Dürer se rend en Italie en 1494 et rencontre Jacopo de Barbari qui l'initie au rôle des mathématiques dans les proportions et la perspective. Dürer se plonge alors dans les Éléments d'Euclide et le traité de Vitruve De architectura. Il s'instruit aussi dans les travaux d'Alberti et Pacioli. Il met en pratique ses nouvelles connaissances dans ses œuvres artistiques. Pour construire sa gravure Adam et Ève, il prépare son œuvre par un faisceau de droites et de cercles. Il analyse et développe la nouvelle théorie de la perspective notamment dans ses illustration pour La Vie de la vierge. Le goût d'Albrecht Dürer pour les mathématiques se retrouve dans la gravure Melancholia , tableau dans lequel il glisse un carré magique et un polyèdre constitué de deux triangles équilatéraux et six pentagones irréguliers. Il s'intéresse aussi aux proportions, notamment aux proportions du cheval et proportions du corps humain. Il commence à rassembler de la documentation pour rédiger un grand ouvrage sur les mathématiques et ses applications dans l'art. Ce mémoire ne paraitra jamais mais les matériaux rassemblés lui serviront pour ses autres traités. Son œuvre mathématique majeure reste les Instructions pour la mesure à la règle et au compas - Unterweisung der Messung mit dem Zirkel und Richtscheit -, qui développe en quatre livres les principales constructions géométriques comme la spirale d'Archimède, la spirale logarithmique, la conchoïde, l'épicycloïde, le limaçon de Pascal, des constructions approchées des polygones réguliers à 5, 7, 9, 11 ou 13 côtés et de la trisection de l'angle et de la quadrature du cercle, des constructions de solides géométriques (cylindre, solides de Platon..), une théorie de l'ombre et de la perspective. La géométrie descriptive, à l'origine de la morphométrie, nécessaire à la représentation des corps dans l'espace, initiée par Dürer sera reprise, deux siècles plus tard, par Gaspard Monge qui en fera un développement complet.
Albrecht Dürer est mort en 1528 dans sa ville natale.

Sébastien Brant ( 1458 - 1521 )


Humaniste et poète alsacien, auteur de la Nef des Fous.

I. Sa formation

Sébastien Brant est né à Strasbourg en 1458. Fils de Diebolt Brant aubergiste strasbourgeois au Lion d'or, il fait ses études universitaires à Bâle, où il réalise un doctorat de droit canon et civil en 1489. Plus tard, il y devient professeur de droit et de poésie et occupe par intermittence la fonction de doyen. C'est à Bâle qu'il édite d'anciens ouvrages de droit, des œuvres poétiques de Virgile, l'œuvre complète de Pétrarque et des traités de certains pères de l'Église. Il contribue ainsi à la naissance de l'humanisme bâlois.
En 1485, il épouse la bâloise Elisabeth Bürgis avec qui il a sept enfants. Souhaitant que son fils aîné, Onuphrius, devienne un humaniste, il lui apprend le latin au berceau et le fait immatriculer à l'université à ses sept ans.

II. La Narrenliteratur

En 1494, il crée un nouveau genre littéraire, celui de la Narrenliteratur, le genre bouffon, en publiant son œuvre majeure, La Nef des fous, critique de la faiblesse et de la folie de ses contemporains. C'est en février de cette année, durant la période du carnaval, la saison des fous, qu'il publie son oeuvre. Son succès est immédiat, au point qu'il est alors traduit en plusieurs langues . Il est notament traduit en latin en 1496 par Badius Ascensius et mis en rimes françaises par Pierre Rivière en 1497. La version française est éditée entre 1497 et 1499. La Nef des fous - Das Narrenschiff - est illustrée par Albrecht Dürer. Les gravures sur bois qui illustrent la nef des fous ont beaucoup contribué au succès de la satire. L'idée venait de Sébastien Brant qui voulait que les illettrés aussi puissent être édifiés et en tirer profit. Sur presque toutes, on voit un fou avec le bonnet traditionnel pourvu de grelots. C'est l'oeuvre populaire la plus souvent imprimée avant les Souffrances du jeune Werther de Goethe.
Les fous, ce sont les hommes affligés de vices qui ignorent que leur comportement contraire à la loi divine les voue à la perdition. Son livre veut être un "Miroir des Fous" où chacun pourra se reconnaître.

III. Le rôle de l'empereur dans l'Histoire

De retour à Strasbourg en 1500, Sébastien Brant sollicite à plusieurs reprises l'Empereur pour qu'il repousse les Turcs afin de préserver l'Occident. Mais lorsqu'il s'aperçoit que l'Empereur qu'il vénère, n'est pas à la hauteur de cette tâche, il écrit en 1504, dans une lettre à l'humaniste Konrad Peutinger d'Augsbourg, que la fonction impériale peut tout aussi bien être assumée par un autre peuple si les Allemands sont incapables de jouer le rôle qui leur a été assigné par l'Histoire. Dans le même esprit, il fit en 1492 l'éloge de Ferdinand le Catholique, vainqueur des Maures et unificateur de l'Espagne.
Il est nommé secrétaire de la ville de Strasbourg en 1503. Il meurt dans cette même ville en 1521.

Olivier de Serres ( 1539 - 1619 )


Célèbre agronome français.

I. Un seigneur local protestant


Olivier de Serres est né à Villeneuve-de-Berg, petite ville du Vivarais, en 1539 dans une famille aisée, fixée depuis longtemps dans le pays. Son père Jacques et son grand-père Antoine étaient drapiers et marchands de tissus. La famille d'Olivier de Serres a joué un rôle important dans la vie publique de la région, notamment par l'intermédiaire de Jacques de Serres, élu premier consul de Villeneuve-de-Berg à l'unanimité en 1533.
Sonh père meurt en 1546 alors qu'Olivier de Serres n'a que sept ans. Les douzes années suivantes de sa vie sont méconnues : peut-être a-t-il voyagé, peut-être a-t-il fait des études de droit à Valence. En 1558, il achète le Domaine du Pradel, se constituant ainsi un vaste domaine de 150 hectares. Treize ans plus tard, Olivier de Serres gagne le titre de seigneur du Pradel.
Le 11 juin 1559, il épouse Marguerite d'Arcons, fille du juge de Villeneuve-de-Berg. Ce n'est que dix-neuf ans plus tard que le couple s'installe et demeure au Pradel, en dépit des fréquents troubles provoqués par les guerres de religion. Olivier de Serres partage ses activités entre l'exploitation du domaine, le diaconat de l'église réformée de Berg et l'éducation de ses sept enfants.
Son frère cadet Jean de Serres, après des études de théologie à Genève - il s'agit d'un des premiers étudiants de l'Académie fondée par Calvin - est devenu pasteur et tente de concilier protestants et catholiques. En 1596, il devient historiographe du roi de France Henri IV, poste qu'il n'occupera que deux ans puisqu'il meurt en 1598. Olivier prend alors à sa charge les neuf enfants que laissent son frère.

II. Le Théâtre d'agriculture

En 1599, à l'âge de 60 ans, Olivier de Serres arrive à Paris pour régler les affaires financières de son défunt frère. Il apporte avec lui Le Théâtre d'Agriculture et Mesnage des Champs. Quand le roi Henri IV a connaissance de l'oeuvre, ce fut l'élevage des vers à soie qui retint son attention. Le roi passe commande de 15 à 20 000 mûriers blancs à Olivier de Serres, mûriers installés en 1603 dans les jardins des Tuileries. Mais surtout, le roi fait imprimer en brochure le chapitre du Théâtre de l'agriculture sur les vers à soie. Cette brochure, intitulée La Cueillette de la Soye est largement diffusée entre 1602 et 1605, en particulier dans le sud-est de la France. C'est de là que l'on peut dater la renaissance de la sériciculture et l'essor des magnaneries dans le Vivarais et les Cévennes qui atteignent leur apogée au milieu du XIXème siècle. Fort de la publicité procurée par l'édition de cette brochure, Olivier de Serres se lance dans l'édition de l'oeuvre entière,qui paraît le 1er juillet 1600 chez Jammet Mettayer à Paris. L'oeuvre connaît un véritable succès puisqu'elle est rééditée huit fois du vivant de son auteur. Dans l'édition de 1605, Olivier de Serres ajoute un chapitre résumant ses recherches sur le mûrier, La Préparation de l'Escorce du Meurier blanc, pour en faire du linge et autres ouvrages, qui fait l'objet d'une publication séparée.

III. Les originalités de son oeuvre

Le Théâtre d’Agriculture rassemble les recherches effectuées par Olivier de Serres sur l'agriculture de son temps. Après avoir lu les écrits des agronomes qui l'ont précédé, en particulier romains, il a cherché à vérifier leurs dires, tout comme il s'est efforcé de valider ou non les pratiques ancestrales des paysans de son époque. Il remet ainsi en cause la pratique de l'assolement telle qu'elle se pratique encore en cette période, en introduisant dans le cycle la culture de plantes fouragères en lieu et place de la jachère, afin que la terre au repos puisse aussi s'enrichir.
Ses recherches ont aussi porté sur le matériel : il est ainsi l'inventeur du rouleau à pointe et d'un rustique semoir en ligne à profondeur constante. Grâce aux aménagements hydrauliques réalisés sur son domaine, il a pu expérimenter de nombreuses plantes inconnues ou méconnues en France, notamment en provenance du Nouveau Monde : la canne à sucre, le coton, le safran, le riz, la pomme de terre, la tomate, etc...
Olivier de Serres meurt en 1619, trois ans après sa femme Marguerite d'Arcons. Il a probablement été enseveli au cimetière de Villeneuve-de-Berg, comme il le souhaitait dans son testament. Mais son corps a ensuite été transféré dans sa propriété où la légende dit qu'il repose non loin de sa maison, sous quatre cyprès marquant l'emplacement du cimetière familial. En 1628, sur l'ordre de Richelieu, les troupes royales démantelèrent de nombreuses places fortes protestantes : le Pradel est entièrement rasé.