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03 décembre 2006

Albrecht Dürer ( 1470 - 1528 )


Peintre et graveur allemand qui utilise les mathématiques pour perfectionner ses oeuvres.

I. Sa formation

Albrecht Dürer est né le 21 mai 1471 à Nüremberg. Il est le troisième enfant d'Albrecht Dürer l'ancien, orfèvre originaire de Hongrie et arrivé à Nüremberg en 1455. Selon la tradition familiale, Albrecht est également destiné au métier d'orfèvre. Il devient donc apprenti et apprend à se servir du burin et de la pointe. Voyant les dons de son fils pour le dessin, son père lui donne la permission d'entrer dans l'atelier d'un peintre.
Ainsi en 1486, il devient l'apprenti de Michael Wolgemut, avec qui il apprend à manier la plume et le pinceau, à copier et dessiner d'après nature, à réaliser des paysages à la gouache et à l'aquarelle et également à peindre à l'huile. Il se familiarise aussi avec la technique de gravure sur bois. Il est très influencé par Martin Schongauer. En 1491, il entreprend un voyage à Colmar pour rendre visite à l'artiste, mais celui-ci meurt le 2 février 1491 alors qu'Albrecht est encore en route. Il n'arrivera à Colmar qu'en 1492. En 1494, il rentre à Nuremberg pour se marier avec Agnes Frey, selon le désir des deux familles. Après avoir effectué son tour de compagnon à travers la France et l'Allemagne, il séjourne à deux reprises à Venise, en 1494 puis en 1505. Ce séjour le marque profondément.

II. Ses oeuvres

On lui fait alors la commande d'un retable pour l'autel de Notre-Dame dans l'église de la colonie allemande à San Bartolommeo. En 1507, Dürer rentre à Nuremberg et entreprend d'étudier les langues et les mathématiques. En 1512, il reçoit une pension de l'empereur Maximilien de Habsbourg avec titres de noblesse en devenant le peintre de la cour. Il en fait le portrait. À sa mort, il entre au service de Charles Quint. En 1526, il peint Les quatre apôtres. Il écrit des livres parmi lesquels Les Règles de la Peinture ou le Traité des proportions du corps humain publié en 1525 et traduit par Loys Meigret en 1557. Il illustre plusieurs ouvrages, tels que l'Arc triomphal et le Char triomphal de Maximilien, la Passion de Jésus Christ, l'Apocalypse, l'Histoire de la vierge Marie et La nef des fous. Il a eu notamment Barthel Beham, Hans Süss von Kulmbach, Hans Baldung comme élèves. Il a probablement réalisé une des premières gravures sur bois. Les suites de gravure qui ont fait sa renommée sont deux séries de gravures sur bois:
  • une Petite Passion composée de 37 gravures et une Grande Passion de 15 gravures plus une feuille de titre
  • une Passion gravée sur cuivre de 16 feuilles
  • une Vie de Marie de 19 gravures et une feuille de titre
  • son Apocalypse rassemblant 15 gravures plus une feuille de titre.
Son jeune frère Hans Dürer est peintre à la cour de Sigismund I.

III. L'utilisation des mathématiques

Déjà artiste accompli, Dürer se rend en Italie en 1494 et rencontre Jacopo de Barbari qui l'initie au rôle des mathématiques dans les proportions et la perspective. Dürer se plonge alors dans les Éléments d'Euclide et le traité de Vitruve De architectura. Il s'instruit aussi dans les travaux d'Alberti et Pacioli. Il met en pratique ses nouvelles connaissances dans ses œuvres artistiques. Pour construire sa gravure Adam et Ève, il prépare son œuvre par un faisceau de droites et de cercles. Il analyse et développe la nouvelle théorie de la perspective notamment dans ses illustration pour La Vie de la vierge. Le goût d'Albrecht Dürer pour les mathématiques se retrouve dans la gravure Melancholia , tableau dans lequel il glisse un carré magique et un polyèdre constitué de deux triangles équilatéraux et six pentagones irréguliers. Il s'intéresse aussi aux proportions, notamment aux proportions du cheval et proportions du corps humain. Il commence à rassembler de la documentation pour rédiger un grand ouvrage sur les mathématiques et ses applications dans l'art. Ce mémoire ne paraitra jamais mais les matériaux rassemblés lui serviront pour ses autres traités. Son œuvre mathématique majeure reste les Instructions pour la mesure à la règle et au compas - Unterweisung der Messung mit dem Zirkel und Richtscheit -, qui développe en quatre livres les principales constructions géométriques comme la spirale d'Archimède, la spirale logarithmique, la conchoïde, l'épicycloïde, le limaçon de Pascal, des constructions approchées des polygones réguliers à 5, 7, 9, 11 ou 13 côtés et de la trisection de l'angle et de la quadrature du cercle, des constructions de solides géométriques (cylindre, solides de Platon..), une théorie de l'ombre et de la perspective. La géométrie descriptive, à l'origine de la morphométrie, nécessaire à la représentation des corps dans l'espace, initiée par Dürer sera reprise, deux siècles plus tard, par Gaspard Monge qui en fera un développement complet.
Albrecht Dürer est mort en 1528 dans sa ville natale.

21 novembre 2006

Philippe Champaigne ( 1602 - 1674 )

Célèbre portraististe du XVIIème siècle, peintre de cour pro-janséniste.

I. Un peintre de cour

Philippe Champaigne est né à Bruxelles en 1602. Il étudie la peinture avec des peintres flamands. Il est notamment formé avec un paysagiste, Jacques Fouquière.
Il s'installe à Paris en 1621 où il retrouve Georges Lallemend et Nicolas Duchesnes. Il rencontre Nicolas Poussin et travaille avec lui en 1624.
Il travaille entre autre au palais du Luxembourg antre 1625 et 1627 pour Marie de Médicis. En 1627, il retourne à Bruxelles. Mais dès 1628, il revient en France. Il épouse la fille de Nicoals Duchesnes et reçoit des lettres de naturalisation. Il devient aussi l'objet du mécénat de Marie de Médicis en devenant valet de chambre du roi.
Des institutions religieuses font aussi appelle à lui comme le Carmel. Il se révèle un excellent portraististe et travaille notament pour Richelieu. C'est l'année 1635 qui marque le début de ses relations avec le cardinal, il décore la galerie des hommes illustres du Palais Cardinal, partageant tout de même la commande avec Simon Vouet. En 1638, il travaille pour le roi: Louis XIII remettant le royaume à la vierge. Ce tableau est beaucoup reproduit à l'époque. Il continue à peindre pour Anne d'Autriche, notamment dans son appartement au Val de Grâce. Entre 1643 et 1651, il peint une cinquantaine de portraits: Omer Talo, Colbert, des cardianux, des évêques, ...
Il joue un grand rôle dans la création de l'Académie de peinture et de sculpture en 1648. La monarchie la prend ensuite en main et impose ses règles. A l'origine, le métier de peintre était un métier juré autour de l'Académie de Saint Luc. Une rivalité perdurera jusqu'à la Récolution française entre les deux académies. L'Académie royale est remaniée par Le Brun. La plupart de ses peintures représentant des scènes religieuses se retrouvent aujourd'hui au Louvre.

II. Le peintre de Port Royal.

Philippe de Champaigne a commencé par formé son fils à son art mais ce dernier est mort précocement. Il continue alors en formant son neveu: Jean Baptiste Champaigne. Une de ses filles est amenée à rentrer au couvent de Port Royal: Catherine de Sainte Suzanne. Le début de ses relations avec le couvent date de 1643. Il fait alors le portrait de religieuses, notamment la famille Arnauld. Un miracle à lieu, la fille de Philippe de Champaigne, qui était presque handicapée se remet à marcher: ex-voto de 1662. Il donne à Barcos, le neveu du fondateur de Port Royal, les pélerins d'Emaüs.
Mais Philippe Champaigne accepte aussi des commandes des jésuites: l'Anonciation, les Ames du Purgatoire, ... et même pour les Protestants. Après 1651, Philippe Champaigne connaît une petite éclipse devant Charles Lebrun. Mais il continue ses portraits: le président Lamoignon, Séguier ou Arnauld d'Andilly. Il soutient son neveu qui devient membre puis professeur à l'Académie.
Sa dernière grande réalisation est l'église Saint Gervais-Saint Protais où il représente la vie des martyrs.

III. Les apports artistiques

Philippe Champaigne a continué une tradition flamande selon Rubens et Van Dyck, alors que la France est dominée par l'influence italienne.
Une de ses innovations est l'insistance sur le modellé des habits dans les portraits: inspiré de la sculpture. Une autre nouveauté est que le personnage pose la main sur le cadre du tableau comme s'il était à une fenêtre, certains disent qu'il s'agirait d'un message d'outre-tombe.
Il rejette les éléments baroques trop chargés après sa découverte de Port Royal, notamment les rayonnements, les poutis, ... Après les années 1650, il fait de plus en plus appelle à la raison face aux entiments mais ne renonce pas à la dramatisation.
Les portraits sont toujours très personnel avec des couleurs sobre, notamment du gris.

16 novembre 2006

Jean Jacques Waltz dit Hansi (1873 - 1951)


Dessinateur et résistant alsacien.

I. Sa jeunesse

Jean Jacques Waltz dit Hansi naît le 23 février 1873, à Colmar - à savoir en Alsace allemande depuis son annexion en 1871. C'est le benjamin d'une famille de quatre enfants nés du mariage de Jacques André Waltz et de Rosalie Clémence Dunan. Les Waltz vivent en Alsace depuis le XVIIème siècle et comptent parmis leurs ancêtres de nombreux artisans - boulangers, chapeliers, bouchers... En 1891, son père devient conservateur du musée Unterlinden de Colmar. C'est lui qui éveille très tôt un goût pour l'Histoire et pour l'art chez son fils. Dès l'âge de 10 ans, Jean Jacques Waltz est contraint de fréquenter l'école du Reichsland et se fait remarquer par son goût pour le dessin et son refus de se soumettre à la discipline. Au lycée, sa cible favorite sont les professeurs dont certains viennent parfois de régions allemandes très lointaines pour y enseigner le français. Pour pouvoir entrer à l'Ecole des Beaux Arts de Lyon, il s'oriente vers une carrière de dessinateur industriel. Il suit les cours de la Société d'enseignement professionnel du Rhône. Mais en 1896, après avoir contracté une pleurésie, il est contraint de regagner Colmar et de travailler dans les industries textiles de la vallée de Mulhouse. Parallèlement, il continue à améliorer sa technique de la peinture et pratique également l'eauforte et l'aquarelle. C'est à cette époque que les premières cartes postales apparaissent en Autriche et en Allemagne. Vers 1896, les cartes postales gagnent enfin Colmar. L'année suivante, Jean-Jacques Waltz, publie une première carte Colmar et sa plaine. Deux de ses amis lui permettent d'entrer dans le cercle d'artistes de Strasbourg de la Revue Alsacienne et il participe alors à diverses manifestations aux côtés d'Alsaciens très connus tels que Bartholdi ou Hornecker. Jean Jacques Waltz commence tout doucement à se faire connaître.
En 1907, il publie sous le pseudonyme de Hansi, un recueil intitulé Vogesenbilder - à savoir Images des Vosges - qui rencontre un vif succès. Il réalise plusieurs séries de cartes tirées d'aquarelles représentant des paysages. Il publie jusqu'en 1914 plusieurs oeuvres littéraires, dont le très connu Professor Knatschke - une satire anti-germanique où il se permet notamment de railler la rénovation du château du Haut-Koenigsbourg par les Allemands. La présence allemande en Alsace lui est insupportable et il laisse donc libre cours à son penchant ironique au travers de dessins humoristiques. De nombreuses cartes signées Hansi paraissent représentant des enfants alsaciens dans des cadres villageois bucoliques. Il devient un des symboles de la résistance alsacienne à l'Allemagne et se voit plusieurs fois condamné devant les tribunaux allemands.

II. Les guerres mondiales

Ses livres L'Histoire d'Alsace racontée aux petits enfants en 1912, puis Mon Village en 1913 confirment son succès national. Avec son compagnon Zislin, ils sont considérés comme le symbole de la résistance alsacienne par le mouvement des "revanchards " animé par Barrès et Déroulède. Mais Hansi n'échappe pas aux Prussiens : il est poursuivi pour s'être moqué des gendarmes et professeurs allemands dans Mon village. Envoyé devant la cour de Leipzig, il est condamné à un an de prison. En Juillet 1914, il fait la Une de nombreux journaux. Clémenceau lui consacre même deux éditoriaux de L'Homme Libre. Hansi réussit à fausser compagnie aux Allemands lors d'un voyage à Colmar et rejoint alors la France où il s'engage dans le 152ème régiment d'infanterie dès la déclaration de la guerre. Il est rejoint par Zislin et tous deux serviront en qualité d'officiers interprètes.
Après la guerre, il publie plusieurs livres illustrés - notamment le Paradis tricolore et L'Alsace illustrée - mais ne rencontrent plus le même succès. En effet, les Alsaciens ont certes accueillis les Alliés avec joie mais ils ne veulent pas perdre une identité pour laquelle ils se sont battus face aux Allemands. Il réalise des affiches pour les chemins de fer d'Alsace et de Lorraine ainsi que des enseignes que l'on peut encore voir dans les rues de Colmar. En 1923, à la mort de son père, Jean Jacques Waltz lui succède au poste de Conservateur du Musée d'Unterlinden à Colmar. Entre 1923 et 1933, les Potasses d'Alsace lui commandent des cartes publicitaires. Encore une fois, Hansi met ses talents au service de la publicité.
Lorsqu'éclate la seconde guerre mondiale, Hansi, connu comme fer de lance de la lutte anti-germanique et dont les cartes ont popularisé les idées, doit se réfugier
en zone libre. On le retrouve à Agen où la Gestapo le laisse pour mort devant sa porte, un soir d'avril 1941. A la suite d'un long périple, Hansi malade, affaibli et démoralisé, s'exile en Suisse. Ce n'est qu'en juin 1946 qu'il retrouve enfin sa ville natale. Il publie encore des livres illustrés et quelques cartes.

III. La fin de sa vie

Le 10 juin 1951, après trois années de maladie, Jean Jacques Waltz meurt à Colmar à l'âge de 78 ans. L'artiste laisse à son pays un immense trésor culturel et artistique. Mais il a aussi été controversé à son époque. Ses images de villages alsaciens disparaissant sous les drapeaux tricolores ont pu faire croire aux Français que le retour de l'Alsace en France ne poserait aucun problème. Graveur à l'eau-forte, aquarelliste, imagier populaire, écrivain, historien, Hansi a su marquer son temps.


Pour en savoir plus sur Hansi et le musée qui lui est consacré à Riquewihr: La route des vins d'Alsace

Jean et François Clouet

Peintres portraitistes du XVIème siècle

I. Rareté des éléments biographiques

Jean Clouet est né à Valenciennes dans une famille de peintres à la fin du XVème siècle. C'est le petit neveu de Simon Marmion de la cour de Lorraine.
Jean Clouet, le père de François, est au service de François Ier de 1516 à 1536. Nous avons des problèmes pour différencier le père et le fils, puisque les deux avaient pour surnom Janet.
La monarchie, dans sa grande politique de mécénat, pensionne les peintres.
Jean Clouet est valet de garde robe de François Ier et peintre du roi. Mais il obtient aussi de plus en plus de commandes pour des portraits de particuliers. Il est influencé, de part son origine, par le courant artistique des Flandres.
Jean Clouet épouse la fille d'un orfèvre dont il a eu deux enfants. Il possède des amis qui peuvent l'aider comme Bellot, le peintre.
Il meurt en 1541 et le roi accorde à son fils le droit de lui succéder. François Ier refuse son droit d'aubaine.
François Clouet devient donc peintre de cours à partir de 1541. Il exerce alors un rôle de premier plan dans l'organisation des cérémonies royales. C'est lui, entre autre, qui créé les masques mortuaires de François Ier, Henri II et François II. Il est aussi employé par Claude Gouffier de Bonnivet (celui qui a servit de modèle au marquis de Carabas du Chat Botté) et propose des thèmes pour les monnaies. Il effectue des miniatures et ouvre son art à des sujets profanes.
François ne se maria jamais, mais il eut trois filles illégitimes.

II. Les oeuvres

Jean Clouet commence sa carrière avec des oeuvres religieuses. Malheureusement, nous n'en avons pas conservé. Peu à peu, il devient peintre de cours et succède à Jean Perreal, le peintre de Charles VIII et Louis XII. Il effectue de nombreux portraits. Progressivement, ses dessins préparatoires deviennent eux-même des oeuvres d'art: c'est ce que l'on appelle des crayons.
Une influence italienne s'ajoute à l'influence flamande. Le chef d'oeuvre de François Clouet est le portrait d'un apothicaire avec un décor à l'arrière: le portarit de Pierre Quthe. François élargie le champs et réalise des oeuvres profanes, telles que la Diane au bain ou Les enfants se plaignant de l'amour.

III. La postérité

Jean et François Clouet créé un atelier où se rencontrent Jacques Pattin et Simon Leroy, entre autres. Leur tradition de portraitiste est ensuite reprise par Corneille de la Haye (ou Corneille de Lyon) qui réalise un portrait d'Henri III.
Les portraits peints des Clouet sont souvent similaires: les modèles posent toujours avec les mêmes positions mi-corps, les visages éclairés d'une lumière égale, les mains posées au premier plan dans des positions relativement maladroite. Mais avec le temps, ils s'améliorent: le portrait le plus réussit étant le portrait de François Ier. Ils semblerait que le père et le fils aient travaillé à ce chef d'oeuvre. Les portraits sont peints sur des panneaux de petit format. Tous deux pratiquèrent un art du portrait très intimiste et réaliste, où le modèle ne regarde pas le spectateur. Les Clouet font une sorte de synthèse entre l'Ecole de Fontainebleau, les influences flamandes et le maniérisme florentin.