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03 décembre 2006

Sébastien Brant ( 1458 - 1521 )


Humaniste et poète alsacien, auteur de la Nef des Fous.

I. Sa formation

Sébastien Brant est né à Strasbourg en 1458. Fils de Diebolt Brant aubergiste strasbourgeois au Lion d'or, il fait ses études universitaires à Bâle, où il réalise un doctorat de droit canon et civil en 1489. Plus tard, il y devient professeur de droit et de poésie et occupe par intermittence la fonction de doyen. C'est à Bâle qu'il édite d'anciens ouvrages de droit, des œuvres poétiques de Virgile, l'œuvre complète de Pétrarque et des traités de certains pères de l'Église. Il contribue ainsi à la naissance de l'humanisme bâlois.
En 1485, il épouse la bâloise Elisabeth Bürgis avec qui il a sept enfants. Souhaitant que son fils aîné, Onuphrius, devienne un humaniste, il lui apprend le latin au berceau et le fait immatriculer à l'université à ses sept ans.

II. La Narrenliteratur

En 1494, il crée un nouveau genre littéraire, celui de la Narrenliteratur, le genre bouffon, en publiant son œuvre majeure, La Nef des fous, critique de la faiblesse et de la folie de ses contemporains. C'est en février de cette année, durant la période du carnaval, la saison des fous, qu'il publie son oeuvre. Son succès est immédiat, au point qu'il est alors traduit en plusieurs langues . Il est notament traduit en latin en 1496 par Badius Ascensius et mis en rimes françaises par Pierre Rivière en 1497. La version française est éditée entre 1497 et 1499. La Nef des fous - Das Narrenschiff - est illustrée par Albrecht Dürer. Les gravures sur bois qui illustrent la nef des fous ont beaucoup contribué au succès de la satire. L'idée venait de Sébastien Brant qui voulait que les illettrés aussi puissent être édifiés et en tirer profit. Sur presque toutes, on voit un fou avec le bonnet traditionnel pourvu de grelots. C'est l'oeuvre populaire la plus souvent imprimée avant les Souffrances du jeune Werther de Goethe.
Les fous, ce sont les hommes affligés de vices qui ignorent que leur comportement contraire à la loi divine les voue à la perdition. Son livre veut être un "Miroir des Fous" où chacun pourra se reconnaître.

III. Le rôle de l'empereur dans l'Histoire

De retour à Strasbourg en 1500, Sébastien Brant sollicite à plusieurs reprises l'Empereur pour qu'il repousse les Turcs afin de préserver l'Occident. Mais lorsqu'il s'aperçoit que l'Empereur qu'il vénère, n'est pas à la hauteur de cette tâche, il écrit en 1504, dans une lettre à l'humaniste Konrad Peutinger d'Augsbourg, que la fonction impériale peut tout aussi bien être assumée par un autre peuple si les Allemands sont incapables de jouer le rôle qui leur a été assigné par l'Histoire. Dans le même esprit, il fit en 1492 l'éloge de Ferdinand le Catholique, vainqueur des Maures et unificateur de l'Espagne.
Il est nommé secrétaire de la ville de Strasbourg en 1503. Il meurt dans cette même ville en 1521.

17 novembre 2006

Théodore Agrippa d'Aubigné ( 1552 - 1630 )


Acteur des guerres de religion, fidèle à la cause protestante, grand écrivain et grand historien.

I. Humaniste et homme de guerre

Issue d'une noblesse fréquente, sa mère Catherine de l'Estang est morte en couche et son père Jean d'Aubigné, juge à Pons en Saintonge, se remarie. Il reçoit une éducation soignée: à 6 ans, il sait lire le grec, le latin et l'hébreu, à 7 ans, il aurait traduit Crypton de Platon, à 10 ans, il est placé à Paris chez Mathieu Berroal, le neveu de Vatable; il le suit à Orléans où son père meurt durant le siège. Agrippa d'Aubigné part pour Genève où il apprend l'astrologie et les sciences occultes. A 16 ans, il s'engage dans les guerres de religion. C'est un homme de guerre qui n'a jamais eu de poste important.Il est grièvement blessé à deux reprise en 1572 et 1577. Il tombe amoureux de Diane de Salviati, la nièce de Cassandre de Ronsard, qu'il décrit dans le Printemps.
Compagnon d'Henri de Navarre, il est présent à son mariage à Paris mais quitte la ville dès le 21 août. Il rejoint tout de même son maître à la cour alors que celui-ci est retenu prisonnier en se rapprochant des Guise. Il contribue à l'évasion d'Henri de Navarre et reprend la guerre avec lui. Durant la huitième guerre de religion, il aide à la prise d'Orléans et participe à la bataille de Coutras. Il reçoit alors le gouvernement de Maillezais où il est chargé de surveiller le cardinal de Bourbon.
Après les combats, Henri IV le nommeMaréchal de camp et vice-amiral de Guyenne mais Agrippa d'Aubigné se retire parceque son maître s'est converti au catholicisme. Durant l'enfance de Louis XIII, il soutient le Duc de Rohan et lui cède Maillezais. Il participe à nouveau aux guerres de religion puis s'exile à Genève où il se remarie. Il continue à écrire, notamment contre son fils qui est tenté de se convertir (sa petite-fille est Madame de Maintenon)

II. Les oeuvres poétiques

Il commence à écrire les Tragiques en 1577 et ne les publie qu'en 1616. Mais le recueil est mal compris à l'époque, il faut attendre les romantiques pour qu'il soit reconnu en tant que tel. Il y a trois temps essentiel dans les Tragiques:
  • le temps des hébreux: avec l'invention du monothéisme
  • le temps des apôtres aux martyrs avec la première église et les persécutions
  • le temps des protestants où le peuple est à nouveau persécuté
Son modèle est Luquin qui a écrit Pharsale, un récit poétique des combats de Jules César contre Pompée où il prend la défense du vaincu Pompée.
Son ouvrage est divisé en sept livres: les cinq premiers livres sont consacrés aux souffrances, les deux derniers sont consacrés à la victoire.
Cette ouvrage est mal accepté car Agrippa d'Aubigné n'a fait aucune concession au goût de l'époque. En outre, il utilise Ronsard comme modèle alors que sa poésie n'est plus à la mode. Agrippa d'Aubigné est un des pères du style baroque.
Ces autres oeuvres poétiques sont le Printemps et l'Hiver ainsi que la lettre à Madame (la soeur d'Henri IV, Catherine de Bourbon) où il lui demande de demeurer protestante.

III. Les oeuvres en prose

Les oeuvres en prose d'Agrippa d'Aubigné ont marqué ces contemporains. Ainsi l'histoire universelle publié en 1619, qui retrace l'hsitoire des années 1550 à 1602 et se veut impartial. Il découpe le livre en trois parties elles-même divisé en cinq sous-parties. Chacune des sous-parties commence par une guerre civile et ainsi jusqu'à la paix. Sous couvert de neutralité, il soutient pourtant les protestants. Pour lui tout se résume à un complot immense de la papauté avec les jésuites.
Il écrit aussi des pamphlets dont les confessions catholiques du Sieur de Sancy; Nicolas Harlay travaille à la commission des finances du roi et se convertit pour faire plaisir à Henri IV, il créé alors une caisse de conversion pour les nouveaux convertis qui perdent tout leurs appuis. Agrippa d'Aubigné le ridiculise et dénonce la tyrannie d'Henri IV de façon indirecte.
Sa dernière oeuvre est la plus lue à l'époque. L'Aventure du baron de Faeneste est un dialogue entre l'être et le paraître où il dénonce l'hypocrisie de la cour.
Il rédige également un traité politique, le devoir mutuel du roi et de ses sujets où il prône une monarchie tempérée.
Il meurt en 1630 à Genève lors de son exil.

Clément Marot (vers 1496 - 1544)


Un des plus célèbres poètes français dont les ambiguités religieuses traduisent les difficultés de l'époque.

I. Un poète de cour

Il est né vers 1496 à Cahors. C'est le fils de Jean Marot qui grâce à ses poèmes à su conquérir la cour d'Anne de Bretagne. Originellement petit boutiquier, il devient rhétoriqueur et est chargé de chanter la gloire du roi Louis XII: pour lui la forme est plus importante que le fond, il s'impose des contraintes très difficiles.
Clément Marot suit les traces de son père et devient clerc chez un procureur de la chancellerie, milieu très favorable aux humanistes, après avoir fait de solides études de droit. Il commence par traduire Virgile, puis il se lance dans le poème avec le temple de Cupidon, à l'occasion du mariage de François Ier.
En 1519, il passe au service de Marguerite d'Angoulême; c'est par ce biais qu'il apprend à connaître les premières idées évangélistes. Il suit la cour et va au camp du drap d'or. En 1521, il participe au début de la guerre. En 1527, il succède à son père en tant que valet de chambre du roi.

II. Au coeur du XVIème siècle politique et religieux

Clément Marot prétend dans ses épitres avoir été inquiété par ses idées religieuses entre 1526 et 1532. Il fait plusieurs fois de la prison, notamment pour avoir rompu le jeûne ou pour avoir libéré des prisonniers. Mais peut être a-t-il tout simplement calqué ses idées sur le poète François Villon qui lui avait fait de la prison.
Il est très mal vu par la Sorbonne et le Parlement et ne peut continuer à écrire qu'avec la protection du roi et de Marguerite d'Angoulême. En 1534, il est sur la liste des personnes inquiétés pour l'affaire des placards, condamné par contumance à être brûlé. Il se réfugie alors à Nérac puis à Ferrarre. En 1536, il revient en France et abjure solenellement.
Il traduit des psaumes qui sont publiés à Strasbourg, l'Enfer est publié à Anvers. En 1543, ses livres sont mis à l'index. Il s'enfuit d'abord à Genève, mais il ne s'y sent pas bien, puis à Turin où il meurt en 1544.

III. Les oeuvres

Il commence par écrire des poèmes de grand rhétoriqueur mais abandonne très vite et revient à une tradition plus médiévale, dans la veine de François Villon. Il adopte alors des formes très simples qui le rapproche de l'oralité. Son oeuvre est très appréciée à travers les siècles.
Son originalité tient au fait qu'il écrit dans un style très simple et utilise ses propres sentiments dans ses poèmes: c'est la naissance du "moi" en littérature. Il écrit des ballades, des rondeaux mais aussi des chansons, des épigrammes, des épîtres et même des coqs à l'âne.
On peut citer entre autre:
  • le temple de cupidon en 1515
  • l'adolescence clémentine en 1532
  • la suite de l'adolescence clémentine en 1534
  • Les oeuvres en 1538 (avec notamment des épîtres)
  • Les psaumes en 1541
  • l'Enfer en 1521

IV. Epître XVI de l'adolescence clémentine

Marot Prisonnier escript au Roy, pour sa delivrance

Roy des Françoys, plein de toutes bontez,

Quinze jours a (je les ay bien comptez)

Et des demain seront justement seize,

Que je fuz faict Confrere au Diocese

De sainct Marry en l'Eglise sainct Pris:

Si vous diray, comment je fuz surpris,

Et me desplaist, qu'il fault que je le dye.

Trois grands Pendars vindrent à l'estourdie

En ce Palais, me dire en desarroy,

Nous vous faisons Prisonnier par le Roy.

Incontinent, qui fut bien estonné,

Ce fut Marot, plus que s'il eust tonné.

Puis m'ont monstré ung Parchemin escript,

Où il n'avoit seul mot de Jesuchrist:

Il ne parloit tout que de playderie,

De Conseilliers, et d'emprisonnerie.

Vous souvient il (se me dirent ilz lors)

Que vous estiez l'aultre jour là dehors,

Qu'on recourut ung certain Prisonnier

Entre noz mains? Et moy de le nyer:

Car soyez seur, si j'eusse dict ouy,

Que le plus sourd d'entre eux m'eust bien ouy:

Et d'aultre part j'eusse publicquement

Esté menteur. Car pourquoy, et comment

Eussé je peu ung aultre recourir,

Quand je n'ay sceu moymesmes secourir?

Pour faire court, je ne sceu tant prescher,

Que ces Paillards me voulsissent lascher.

Sur mes deux bras ilz ont la main posée,

Et m'ont mené ainsi qu'une Espousée,

Non pas ainsi, mais plus roide ung petit:

Et toutefois j'ay plus grand appetit

De pardonner à leur folle fureur,

Qu'à celle là de mon beau Procureur.

Que male Mort les deux jambes luy casse:

Il a bien prins de moys une Becasse,

Une Perdrix, et ung Levrault aussi:

Et toutesfoys je suis encor icy.

Encor je croy, si j'en envoioys plus,

Qu'il le prendroit: car ilz ont tant de glus

Dedans leurs mains ces faiseurs de pipée

Que toute chose, où touchent, est grippée.

Mais pour venir au poinct de ma sortie:

Tant doulcement j'ay chanté ma partie,

Que nous avons bien accordé ensemble:

Si que n'ay plus affaire, ce me semble,

Sinon à vous. La partie est bien forte:

Mais le droit poinct, où je me reconforte,

Vous n'entendez Proces, non plus que moy:

Ne plaidons point, ce n'est que tout esmoy.

Je vous en croy, si je vous ay mesfaict.

Encor posé le cas que l'eusse faict,

Au pis aller n'escherroit que une Amende.

Prenez le cas que je la vous demande,

Je prens le cas que vous me la donnez:

Et si Plaideurs furent onc estonnez,

Mieulx que ceulx cy, je veulx qu'on me delivre,

Et que soubdain en ma place on les livre.

Si vous supply (Sire) mander par Lettre,

Qu'en liberté voz gens me vueillent mettre:

Et si j'en sors, j'espere qu'à grand peine

M'y reverront, si on ne m'y rameine.

Treshumblement requerant vostre grâce,

De pardonner à ma trop grand audace

D'avoir empris ce sot Escript vous faire:

Et m'excusez, si pour le mien affaire

Je ne suis point vers vous allé parler:

Je n'ay pas eu le loysir d'y aller.